
Marie-Antoinette
Stefan Sweig
Collection Le livre de poche
Vilipendée par les uns, sanctifiée par les autres, l"Autrichienne" est la reine la plus méconnue de lhistoire de France.
Cest en sappuyant sur les archives de lEmpire autrichien et surtout sur la correspondance du comte Axel de Fersen, que Stefan Sweig retrace avec sensibilité et rigueur lévolution de la jeune princesse, trop tôt appelée au trône, que la faiblesse et limpuissance temporaire de Louis XVI vont précipiter dans un tourbillon de distractions et de fêtes.
Tracé avec humanité et pénétration, ce portrait est assurément un des chefs-duvre de la biographie classique.
Une exposition lui est actuellement consacrée au Grand Palais à Paris
Ci-dessous, l'extrait présenté sur le site du Grand Palais
« De lécervelée boulimique de macarons à la femme avide de plaisirs et de dépenses, de l « Autrichienne » à la victime de la liturgie versaillaise, le personnage de Marie-Antoinette a toujours paru multiple. Parmi ces images, une part de la vérité se cache. Lexposition organisée au Grand-Palais entend la cerner.
Née en 1755, Marie-Antoinette fut la dernière fille de Marie-Thérèse dAutriche. Elle nétait pas destinée à régner. Les hasards de la politique européenne en décidèrent autrement. Cadette de quelques mois du futur Louis XVI, la petite archiduchesse épousa lhéritier de la couronne de France le 16 mai 1770. La fillette qui arriva à Versailles avait reçu une éducation soignée, en particulier dans les domaines artistiques. Comme toutes ses surs, elle dessinait, jouait sur scène, chantait et dansait. Dans le véritable cocon que constitua la famille impériale, elle sut former son goût en prenant sa mère pour exemple. Limpératrice avait aimé les laques orientaux, la porcelaine asiatique et française, les objets montés, les vases de pierres dures, et elle les avait à loisir disposés dans ses appartements.
A Versailles, la dauphine Marie-Antoinette fut adulée. On célébra sa beauté et sa vivacité. Devenue reine, lintérêt porté à sa personne et à sa manière dêtre sen trouva encore renforcé. Chacun des événements marquant de sa vie fit lobjet dune riche iconographie. Les représentations de la cérémonie du mariage, des fêtes qui laccompagnèrent, et surtout des naissances et des réjouissances publiques quelles suscitèrent, soulignaient sa position à la cour et le rôle majeur qui lui était imparti, celui de donner un héritier au royaume.
Jusquau début de la Révolution, Louis XVI et ses ministres prirent soin de priver la reine de toute ambition politique. Aussi Marie-Antoinette simposa-t-elle avant tout en émulatrice des arts de son temps. Jeune, attentive aux modes et aux idées nouvelles, désirant rapidement échapper à létiquette de Versailles, elle créa souvent avec le soutien attentif de ladministration royale, parfois en marge de tout contrôle, un cadre de vie raffiné qui par certains aspects témoignait de son éducation autrichienne. Attentive à la modernité, elle sut aussi évoluer dans ses choix artistiques, tant dans le domaine des arts décoratifs, que dans celui de la musique ou de la mode, et ainsi, en première mécène du royaume, aider au développement dun style que lon associe aujourdhui à son nom.
Par son besoin de liberté, son désir déchapper à la cour au profit de cercles choisis, par son caractère dépensier qui nourrit le scandale de laffaire du collier, Marie-Antoinette saliéna rapidement les esprits.
Face à une opinion publique toujours moins favorable, ladministration royale chercha à donner de la souveraine une image noble et protectrice en commandant de grandes effigies destinées à être montrées au public à loccasion des Salons. Elle faisait alors sans doute écho aux préoccupations de la reine, toujours très attentive à sa propre image. Noyées par une production croissante de pamphlets et destampes satiriques, ces effigies ne furent pas comprises. L « Autrichienne », recluse dans son « Petit Vienne », le Petit Trianon, devint la cause de tous les maux. Après le départ de Versailles pour Paris en octobre 1789, le couple royal ne parut pas comprendre le sens des événements. Peu enclin à modifier son rythme de vie, ballotté au gré des intérêts politiques, maladroit dans certaines tentatives de conciliation ou de fuite, il cristallisa les haines. La mort de Louis XVI imposa à Marie-Antoinette toujours plus de dignité. Les heures les plus sombres, jusquà léchafaud, transformèrent la femme. Le mythe était né.
En réunissant près de 300 oeuvres provenant de toute lEurope, dont un extraordinaire ensemble de peintures (Vigée Le Brun), de sculptures (Lemoyne, Boizot et Lecomte), et darts décoratifs (Carlin, Riesener, Weisweiler), lexposition cherche à mettre en exergue chacun de ces aspects de la personnalité de Marie-Antoinette, tant sur le plan de léducation que dans les domaines artistiques et politiques. Elle invite le public, de la cour dAutriche à la Conciergerie, à cheminer aux côtés de ce personnage dexception. Depuis 1955, jamais hommage aussi brillant ne lui avait été rendu. »